"Il faut protéger notre culture" : les Japonais contestent l'arrivée du parc Dragon Ball en France

Quand Emmanuel Macron a annoncé l’arrivée d’un parc Dragon Ball en région parisienne, les fans français ont poussé un cri de joie. Au Japon, la réaction est tout autre. Sur les terres natales d’Akira Toriyama, le créateur de Dragon Ball, on ne comprend pas pourquoi le premier parc d’attractions dédié au manga n’est pas construit… au Japon.
« C’est dur d’apprendre cela »
Kiyosu, près de Nagoya, au centre du Japon. C’est dans cette ville qu’Akira Toriyama est né et qu’il a travaillé. C’est là que l’on devrait, selon de nombreux Japonais, construire le premier parc Dragon Ball. Tetsuo Takahashi, conseiller municipal de Kiyosu, a exprimé sa surprise face à l’annonce française :
« C’est dur d’apprendre cela. Si l’œuvre du maître Toriyama est exploitée pour de l’argent, cela me laisse songeant. Sangoku est un personnage qui fait rêver les enfants, leur donne de l’espoir, loin des questions d’argent. Les œuvres de Toriyama sont mondiales, lui aussi l’est, mais son ancrage initial est ici, et cela ne changera jamais. Nous devons prendre soin de notre patrimoine culturel. Autrefois, nous avons laissé filer à l’étranger nos estampes, il ne faut pas recommencer, il faut protéger la culture du Japon. »
L’élu voudrait que la ville de Kiyosu développe son propre site, appelé « Dragon Ball Parc », combinant le QG de l’équipe de base-ball locale (les Chunichi Dragons) et un espace de divertissement sur le thème de Dragon Ball. « Il n’y a que la ville de Kiyosu qui puisse être associée à Dragon Ball. Je voudrais qu’on puisse faire venir ici des personnes de France, d’Arabie saoudite, de partout. Que le président Macron vienne ici, » a-t-il ajouté.
Une licence japonaise toujours pas obtenue
Le maire de Kiyosu, Sumio Nagata, met cependant en garde : obtenir les droits d’exploitation est un parcours du combattant. « Pour une telle exploitation commerciale, il faut l’autorisation de la maison d’édition Shueisha et je ne pense pas qu’elle la donnera. Quand Toriyama a créé le logo commémoratif de la ville, d’énormes restrictions ont été imposées. »
Et c’est là le point crucial. La licence Dragon Ball n’est pas entre les mains d’un seul ayant droit. Depuis la disparition d’Akira Toriyama en 2024, les droits sont répartis entre plusieurs entités : la Toei Animation (anime), Shueisha (éditeur du manga) et Bandai Namco (jeux vidéo). Selon Le Monde, aucune autorisation spécifique au projet français n’a été rendue publique. Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, avait pourtant affirmé dans une vidéo que « Dragon Ball arrive en Île-de-France », avant que l’Élysée ne nuance en précisant qu’il s’agissait d’un simple protocole d’accord.
Un mégaprojet controversé sur tous les fronts
Au Japon, les citoyens de Kiyosu interrogés par Franceinfo se disent surpris que le Japon ne soit pas d’entrée de jeu associé au projet. « Ce serait bien ici, mais si c’est possible aussi à l’étranger, pourquoi pas les deux ? » déclare un habitant, avec une nuance de réserve.
C’est loin d’être le seul front ouvert contre le projet. Le Puy du Fou a déjà critiqué l’arrivée d’un parc financé par l’Arabie saoudite, craignant une dilution de l’identité française. Le député LFI Aurélien Taché réclame une concertation avec les élus, les associations et les habitants du Val-d’Oise. Et du côté japonais, les fans pointent un problème de logique : qui aurait imaginé un parc Astérix ouvrir d’abord au Japon avant la France ?
Le mégaprojet à 6 milliards d’euros, porté par le fonds saoudien Qiddiya Investment Company, prévoit trois parcs d’attractions sur 30 hectares à Cergy-Pontoise, sur le site de l’ancien Mirapolis. Parmi eux, un serait entièrement dédié à l’univers des Saiyans. Mais sans l’accord des ayants droit japonais, rien n’est acquis. Et au regard des réactions émanant de Kiyosu et de l’opinion publique japonaise, ce feu vert pourrait bien être le plus difficile à obtenir.
Jon Rakotozafy
Rédacteur en chef de parcsnonstop.fr
Jon travaille dans les médias depuis plus de 15 ans et se passionne pour l'univers des parcs à thème et leurs coulisses. Il a à cœur de partager toutes les actualités avec le plus grand nombre, connaisseurs comme simples amateurs.



