Pourquoi Space Mountain avait abandonné sa version originale ?

C'est la nouvelle qui a enflammé la sphère Disney cette année : comme nous vous l'annoncions dans un précédent article, la version originale de Space Mountain (la mythique aventure "De la Terre à la Lune") fera son grand retour à Disneyland Paris en 2028. Une annonce inespérée qui vient réparer ce que beaucoup de fans considéraient comme une erreur historique.
Mais alors, si cette version originale de 1995 était un tel chef-d'œuvre, pourquoi Disneyland Paris l'avait-il abandonnée en cours de route ? Plongée dans les coulisses financières et marketing qui ont dicté l'évolution de l'attraction
Pour comprendre la disparition de la première mission, il faut se replonger dans le contexte de l'année 2005. À l'époque, Disneyland Paris traverse une période financière délicate. Le parc a désespérément besoin d'une "nouveauté" majeure pour relancer la fréquentation et attirer les adolescents, mais n'a absolument pas le budget colossal nécessaire pour construire une attraction à sensations fortes de A à Z.
La solution la plus économique ? Recycler un hit existant. La direction décide de métamorphoser Space Mountain. À l'époque, l'esthétique victorienne, inspirée de Jules Verne et de Georges Méliès, est perçue par les têtes pensantes du marketing comme "vieillissante" ou "trop intellectuelle" pour la nouvelle génération.
C'est ainsi que naît Space Mountain : Mission 2. Adieu la poésie de la Lune et la symphonie orchestrale de Steve Bramson, bonjour la supernova, les néons psychédéliques et la musique électronique rythmée de Michael Giacchino. Le but était de moderniser l'attraction à moindres frais pour vendre du frisson pur aux ados.
Sur le plan comptable, l'opération est un succès : le grand public et les adolescents répondent présents. Mais chez les fans de la première heure, c'est la douche froide. L'ambiance "électro" jure terriblement avec l'architecture extérieure de l'attraction, et au fil des années, le parcours devient tristement célèbre pour son inconfort et ses secousses. À l'approche de sa >fermeture en 2017, Mission 2 était déjà largement décriée par la cofermetureh2>2017 : L'ère "Hyperspace Mountain" et la synergie Star Wars
Douze ans plus tard, en 2017, le parc prépare son 25ème anniversaire. Entre temps, une révolution a eu lieu au sommet de l'empire Disney : le rachat de Lucasfilm. Sous l'impulsion de Bob Iger (le grand patron de Disney), la compagnie déploie une stratégie agressive de "synergie" : la franchise Star Wars doit être rentabilisée et intégrée le plus vite possible dans tous les parcs du globe. C'est une véritable directive corporate.
Encore une fois, plutôt que de construire une attraction totalement inédite, Disneyland Paris utilise sa montagne russe star comme toile de fond. L'attraction devient Star Wars : Hyperspace Mountain.
Sur le papier, l'idée est un coup de génie marketing : mélanger la licence la plus populaire du moment avec le manège le plus intense du parc. Mais sur le plan artistique, l'intégration pose problème. Le bâtiment, avec son immense canon doré et son architecture rétrofuturiste cuivrée, n'a absolument rien à voir avec les destroyers impériaux et les batailles spatiales de George Lucas. C'est un mariage forcé qui fait grincer des dents les puristes de Discoveryland.
D'autant plus qu'à l'intérieur du dôme, l'attraction n'a jamais subi de véritable rethématisation totale. Pour limiter les coûts, les décors physiques monumentaux de 1995 (la Lune souriante à la Méliès, la machinerie victorienne, les énormes astéroïdes) n'ont pas été détruits. Ils ont simplement été plongés dans le noir ou masqués par des écrans, des projections numériques et des jeux de lasers. Pendant toutes ces années, l'âme de De la Terre à la Lune sommeillait littéralement dans l'ombre des X-Wings, attendant simplement d'être rallumée.
2028 : La boucle est bouclée (à moindres frais)
Aujourd'hui, alors que la nostalgie est devenue un argument de vente surpuissant, la direction a enfin entendu les suppliques des fans. Le retour de "De la Terre à la Lune" en 2028 est indéniablement une excellente nouvelle qui restaurera l'âme et la cohérence originelle de Discoveryland.
Mais ne soyons pas dupes. L'ironie de l'histoire, c'est que ce retour aux sources obéit exactement à la même logique financière qu'en 2005. En "réinventant" Space Mountain pour la quatrième fois, Disneyland Paris s'offre à nouveau une nouveauté marketing majeure à moindre coût, sans avoir à sortir de terre une toute nouvelle attraction. La boucle est bouclée : après avoir recyclé le manège pour vendre du frisson aux ados, puis pour surfer sur Star Wars, le parc le recycle aujourd'hui pour capitaliser sur la nostalgie. Une opération brillante où tout le monde, puristes comme comptables, trouve finalement son compte.
Jon Rakotozafy
Rédacteur en chef de parcsnonstop.fr
Jon travaille dans les médias depuis plus de 15 ans et se passionne pour l'univers des parcs à thème et leurs coulisses. Il a à cœur de partager toutes les actualités avec le plus grand nombre, connaisseurs comme simples amateurs.



