Comment les décors d'Halloween de Disneyland Paris mobilisent le savoir-faire français ?

Le médaillon doré qui veille sur la gare de Main Street, U.S.A. depuis le 25 septembre n'a pas voyagé. Cette pièce maîtresse du nouveau décor du Festival Halloween Disney, 4,30 m de haut, 3,30 m de large et près de 600 kg, est sortie d'un atelier de Crécy-la-Chapelle, en Seine-et-Marne. Elle résume à elle seule une réalité méconnue : derrière l'image américaine du resort, une large part des décors d'Halloween repose sur des entreprises françaises. Disneyland Paris l'assume dans sa communication officielle, et le sujet dépasse largement le cadre du parc.
Un quart produit en interne, le reste en Île-de-France
Le resort a détaillé la fabrication de ses décors dans le communiqué présentant la saison. Environ un quart des éléments a été produit par ses propres équipes, via ses ateliers décoration spectacle et draperie. Les trois quarts restants ont été commandés à trois ateliers extérieurs, tous implantés en région parisienne. Aucune pièce n'a été sous-traitée hors de France.
« Mon rôle est aussi de coordonner la production », explique le scénographe Olivier Dusautoir, maître d'œuvre de la nouvelle scénographie. Le véritable défi n'est pas le lieu de fabrication mais la cohérence : un objet rétroéclairé change de teinte, d'où la nécessité de le peindre deux fois, éteint et allumé, pour garantir l'homogénéité des couleurs. Un travail de précision qui impose aux différents ateliers de parler le même langage artistique.
Paradis Expansion, fer de lance d'une filière locale
Le nom le plus cité est Paradis Expansion. Installée à Crécy-la-Chapelle sur les bords du Grand Morin, l'entreprise familiale travaille pour le resort depuis près de trente ans. Elle a signé le médaillon de Main Street Station, mais aussi des décors de l'attraction Ratatouille : L'Aventure Totalement Toquée de Rémy, le décor de Cars ROAD TRIP, les animaux sculptés de Big Thunder Mountain, le canon de Space Mountain ou encore Pirates des Caraïbes.
Fondée aux Sources, à Saint-Rémy-de-la-Vanne, par André Paradis — le père de la chanteuse Vanessa Paradis —, la société a été rachetée en 2016 par Christophe Gomy, patron d'une entreprise voisine de peinture et carrosserie. Les deux structures réunies affichent aujourd'hui quelque 8 millions d'euros de chiffre d'affaires et emploient 42 salariés en CDI, dont 16 chez Paradis Expansion. Sa rentabilité s'est envolée en quelques années : d'un bénéfice net de 57 500 euros en 2022, la société est passée à 438 000 euros en 2025.
Le partenariat avec Disney a servi de tremplin. « Disney nous a tirés vers le haut. On a progressé en qualité, en sécurité, en tout », confiait Christophe Gomy au Parisien. Ce CV a ouvert à l'entreprise les portes du luxe : LVMH, Van Cleef & Arpels ou Cartier figurent désormais parmi ses clients.
Une tradition ancrée depuis 1992
Le recours à des ateliers français n'a rien d'un coup de communication ponctuel. Dès l'ouverture du parc en 1992, Euro Disney s'est appuyé sur un tissu de PME d'Île-de-France pour habiller ses attractions. Trois ans avant l'arrivée du Festival Halloween 2026, la presse régionale relevait déjà que plusieurs entreprises du 77 avaient bénéficié du chantier de Cars Road Trip. Le savoir-faire s'est transmis et professionnalisé, structurant une véritable filière francilienne de la thématisation.
Cette expertise ne se limite pas à Disneyland Paris. Le pays compte plusieurs spécialistes reconnus du décor de parc : Les Ateliers du Spectacle, installés aux portes de Paris, qui conçoivent et construisent des décors pour le spectacle vivant depuis plus de trente ans ; AAB (Atelier Artistique du Béton), expert de la thématisation par béton projeté-sculpté ; ou encore Imipierre, spécialiste des faux rochers et rocailles. Autant d'entreprises qui exportent leur savoir-faire vers d'autres destinations.
Pourquoi cette fabrication locale est stratégique
L'ancrage régional répond à des contraintes concrètes. Les décors de Halloween sont des pièces uniques, impossibles à produire à la chaîne. La proximité garantit réactivité, échanges directs avec les scénographes et contrôle qualité sur des éléments lourds et fragiles, comme le médaillon de 600 kg. Elle permet aussi des retouches de dernière minute, à l'image des quinze nuits de montage nécessaires avant l'ouverture du festival.
Pour Disneyland Paris, l'enjeu est double. Industriel, d'abord : s'appuyer sur un écosystème local réduit les coûts logistiques et les délais. Symbolique, ensuite : dans un contexte où le « made in France » est valorisé, pouvoir afficher des décors conçus et fabriqués à quelques kilomètres du parc constitue un argument d'image. La direction créative interne imagine l'univers — ici un retour aux sources autour des Méchants des Classiques animés —, puis les ateliers internes et extérieurs donnent forme au décor.
Cette saison n'est qu'un prélude : Disneyland Paris présente cette édition comme le premier chapitre d'un récit étalé sur plusieurs années. Chaque détail installé aujourd'hui a été pensé pour s'inscrire dans une histoire plus vaste. Pour les ateliers français partenaires, le carnet de commandes promet donc de rester rempli. Derrière la magie d'Halloween, c'est bien une filière tricolore qui travaille.
Jon Rakotozafy
Rédacteur en chef de parcsnonstop.fr
Jon travaille dans les médias depuis plus de 15 ans et se passionne pour l'univers des parcs à thème et leurs coulisses. Il a à cœur de partager toutes les actualités avec le plus grand nombre, connaisseurs comme simples amateurs.



